Qu’est-ce que

la Libre Evolution 

de la nature ?

 

La libre évolution : le retour de la nature

La Libre Evolution de la nature (ou ré ensauvagement) est une idée simple. Il s’agit de créer les bonnes conditions pour que la nature reprenne son cours. Comment ? En laissant des espaces de nature sauvage tranquille, sans activité humaine. « Laisser le milieu se développer selon ses lois intimes, sans l’exploiter, l’aménager, ni le conduire.(…) Laisser l’évolution et les dynamiques écologiques faire leur travail têtu et serein de résilience, de vivification, de circulation de l’énergie, de création de formes de vie. »(1). Pas d’exploitation du bois, pas de chasse, pas de pêche, pas d’exploitation du sol, de cueillette ou de loisirs bruyants. Les arbres morts y sont laissés tels quels, pour qu’ils deviennent l’habitat d’autres vivants.

Un territoire en libre évolution est « un espace-temps où on laisse la diversité s’installer spontanément : celle des individus (âge, conformation), des espèces (de nombreuses forêts exploitées ont une espèce cible), des formes (lianes, sous-bois, strates), des dynamiques de création du paysage et de successions (une zone humide a tendance à être colonisée par les saules avec le temps, puis à devenir forêt : un chablis entraîne une explosion d’espèces héliophiles) ».

« Un territoire en libre évolution constitue un espace de régénération où la vie reprend ses droits, pour ensuite irriguer de vitalté tout le territoire alentour »(1).

(1) Raviver les braises du vivant – Baptiste Morizot Actes Sud/Wildproject – 2020 

Le vocabulaire

La wilderness

Définition l’initiative Wild Europe en 2012 : 

Un espace à haute naturalité (Wilderness) est une zone gouvernée par des processus naturels. Il est composé d’espèces et d’habitats naturels et suffisamment grands pour le fonctionnement écologique effectif des processus naturels. Il est non ou peu modifié et sans activité humaine intrusive ou extractive, habitat permanent, infrastructure ou perturbation visuelle.

C’est cette définition que la Coordination Libre Evolution reconnaît et partage.

Définition anglaise :
Ce mot vient du vieil anglais et signifie self-willed land que l’on peut traduire par « terre soumise à sa propre volonté« .

La wilderness est définie comme « une aire de terre fédérale non développée, conservant son caractère primitif et son influence, sans amélioration permanente ou sans habitation humaine, qui est protégée ou gérée de telle manière à préserver ses conditions naturelles et qui généralement apparaît avoit été affectée principalement par les forces de la nature, avec une empreinte humaine subtanciellement imperceptible ; qui présente des opportunités exceptionnelles pour la solitude ou un type de récréation primitif et en extérieur ; qui a au moins 5000 acres (2000 ha) de surface ou est de taille suffisante  pour permettre sa préservation et un usage dans des conditions intactes ; et qui peut aussi contenir une valeur écologique, géologique, scientifique, pédagogique, esthétique ou historique ».

La naturalité

Construit à partir du mot « nature », le terme « naturalité » exprime la qualité d’être naturel. La naturalité caractérise l’état naturel ou spontané et s’oppose à ce qui est cultivé, domestiqué et plus généralement à l’artificialité, à savoir ce qui est produit par la technique. La naturalité se mesure le long d’un gradient, du plus artificiel (une plantation d’espèces allochtones) au plus naturel (une vieille forêt d’espèces autochtones).

Annick Schnitzler, spécialiste des forêts naturelles, distingue 3 types de naturalité : la naturalité originelle qui a cessé d’exister au néolothique, la naturalité potentielle qui serait celle obtenue si les chasseurs-cueilleurs avaient perduré et qui s’exprime encore dans les forêts primaires de Sibérie, et enfin la naturalité future qui apparaitrait si l’influence de l’homme s’interrompait subitement dès maintenant.

Voir le guide Evaluer la naturalité publié par le WWF.

La féralité

La féralité est dérivée de l’adjectif « féral » qui se dit d’un animal anciennement domestiqué ou issu de sélection génétique en élevage, revenu à l’état sauvage et adapté à son nouveau milieu naturel. Ce retour à l’état sauvage est appelé « féralisation » ou « marronnage » au moment où l’animal est relâché ou s’échappe. « Féral » vient du latin feralis, de fera (« bête sauvage »). En anglais, le terme se dit feral ayant pour synonyme wild, donc sauvage.

La nature férale qualifie un écosystème qui reprend une dynamique spontanée en l’absence de l’action de l’homme.

Le rewilding

Le rewilding vise à restituer sur des territoires adaptés une fonctionnalité des écosystèmes la plus complète et la plus naturelle possible, notamment en réintroduisant diverses espèces « structurantes » de grands herbivores ancestraux  pouvant conserver l’ouverture des milieux. La chaîne trophique devant être complète ( avec les grands prédateurs et les nécrophages), la pertinence du rewilding est largement dépendante de la dimension du territoire concerné.

Typologie des forêts

Forêt primaire

Une forêt primaire est une forêt qui n’a été ni défrichée, ni exploitée, ni modifiée de façon quelconque par l’homme. C’est un joyau de la nature, un véritable sommet de biodiversité et d’esthétisme.

Forêt naturelle

Une forêt à caractère naturel est composée de vieux arbres, d’une accumulation de bois morts, de plusieurs strates arborescentes, d’espèces autochtones et d’aucune trace d’exploitation récente.

Forêt cultivée

Une forêt cultivée fait l’objet de coupes pour l‘exploitation du bois. Elle peut être plus ou moins artificielle selon sa composition (espèces autochtones ou exotiques), son mode de renouvellement  (régénération naturelle ou plantation) et l’intensité des prélèvements (coupe rase ou progressive).

Ilôt de senescence

Un îlot de sénescence est une partie de forêt cultivée (entre 0,5 à 5 ha) que le gestionnaire laisse en libre évolution afin que les arbres vieillissent et atteignent leur stade de sénescence jusqu’à leur effondrement pour que le cycle de la forêt soit complet.

Forêt en libre évolution

Une forêt en libre évolution est une forêt qui a pu être exploitée mais qui ne l’est plus et qui se développe de façon naturelle ou bien une forêt spontanée (encore appelée forêt récente) qui pousse spontanément sur une ancienne terre cultivée après déprise agricole.

  • Loïs Morel. & Bretagne Vivante. Illustration des différences de trajectoires – théoriques – d’une forêt ancienne et d’une forêt récente au cours des temps historiques. Forêts anciennes et boisements féraux d’Armorique : conserver le patrimoine d’hier et protéger la nature de demain. Penn ar Bed n°241-242. (2021).

Vieille forêt et forêt ancienne

La forêt ancienne est établie sur un sol dont la continuité boisée existe depuis plusieurs siècles.

Ainsi, il est considéré qu’une forêt présente lors du minimum forestier, qui est la période où il existait le moins de forêts en France, est une forêt ancienne.

Il existe des cartes (principalement les cartes de l’Etat-major) qui ont été dressées à cette époque charnière qui se situe autour de 1830, il y a presque 200 ans. Elles permettent de rendre compte de l’évolution du couvert forestier : la surface forestière a presque doublé depuis cette date en France.

Une forêt ancienne est donc un boisement qui existe sur un sol dont l’usage n’a pas été modifié depuis environ 200 ans.

Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne soit pas exploitée : même lorsque le boisement est surexploité avec des arbres de petits diamètres, elle garde une continuité forestière ancienne et est donc qualifiée de « forêt ancienne ».

Une vieille forêt, quant à elle, est une forêt ancienne et mature.

Peu ou pas exploitée depuis plusieurs décennies ou siècles , une vieille forêt accomplit la totalité de son cycle biologique naturel : 300 à 400 ans dans une hêtraie sapinière pyrénéenne.

Elle a évolué vers une certaine naturalité (1) et présente une certaine diversité d’essences d’arbres de tous âges, des diamètres importants, beaucoup de bois mort (2) à terre, des chandelles, des espèces pionnières dans les trouées où passe la lumière, etc.

Schématiquement, si l’on divise le cycle d’une forêt en 3, la maturité forestière apparaît lors du dernier tiers du cycle, soit entre 240 et 360 ans environ.

Une forêt ancienne peut être exploitée ou surexploitée, avec des arbres de diamètre très petit, voire remplacée par une plantation monospécifique.

(1) La naturalité est un gradient, et se mesure par l’empreinte humaine dans le milieu. Un site à forte naturalité a une empreinte humaine peu visible. La naturalité n’est pas un état figé. On parle de gradient de naturalité.

(2) En forêt de montagne naturelle. le bois mort peut représenter entre 25 et 250 m3/hectare, contre 0 à 20m3/ha en forêt classique. 

Source : vieillesforets.com

Source des définitions 

  • Schnitzler, A. & Génot, J.-C. La nature férale ou le retour du sauvage. (Jouvence nature, 2020).

  • Revue Espaces naturels n°55 – juillet-sptembre 2016 – Sauvage : l’accepter et l’accompagner
  • Guetté, A., Carruthers-Jones, J., Godet, L. & Robin, M. « Naturalité » : concepts et méthodes appliqués à la conservation de la nature. Cybergeo : European Journal of Geography (2018) doi:10.4000/cybergeo.29140.
  • https://www.foretprimaire-francishalle.org/le-projet/
  • Gilg O. Forêts à caractère naturel.  Caractéristiques, conservation et suivi. Réserves naturelles de France. Cahiers techniques N°74, 96 p. (2004).

Bibliographie 

  • Guetté, A., Carruthers-Jones, J., Godet, L. & Robin, M. « Naturalité » : concepts et méthodes appliqués à la conservation de la nature. Cybergeo : European Journal of Geography (2018) doi:10.4000/cybergeo.29140.
  • Buchwald, E. A hierarchical terminology for more or less natural forests in relation to sustainable management and biodiversity conservation. in 111–127 (2005).
    Rossi, M. Guide pratique version 1.2. 158.
    Rossi – Guide pratique version 1.2.pdf.
    Kuehne, C. et al. Metrics for comparing stand structure and dynamics between Ecological Reserves and managed forest of Maine, USA. Ecology 99, 2876–2876 (2018).
    Bernier, P. Y. et al. Moving beyond the concept of “primary forest” as a metric of forest environment quality. Ecological Applications 27, 349–354 (2017).
    Reif, A. & Walentowski, H. The assessment of naturalness and its role for nature conservation and forestry in Europe. Waldökologie, Landschaftsforschung und Naturschutz 63–76 (2008).

    Ridder, B. The Naturalness versus Wildness Debate: Ambiguity, Inconsistency, and Unattainable Objectivity. Restoration Ecology 15, 8–12 (2007)

 

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