Aires protégées en libre évolution : environ 1,5 % de la
France terrestre métropolitaine

Près de 22 000 hectares de forêts en réserves biologiques intégrales (RBI)

La libre évolution n’est effective que sur de faibles surfaces protégées à cet effet, à savoir les réserves forestières intégrales qui relèvent de la catégorie Ia des aires protégées de l’UICN1, à savoir le niveau le plus élevé de protection.  En 2020, on dénombre 21 868 ha de forêts en Réserves Biologiques Intégrales, soit 1,4 % des forêts domaniales et 0,13% des forêts françaises métropolitaines (si on prend en compte l’Outremer, la surface en réserve intégrale dépasse les 100 000 ha notamment avec la Guyane). 

4 070 hectares de forêts strictement protégés en Réserve naturelle nationale

Dans les réserves naturelles métropolitaines, sur 53 308 ha de forêts, il n’y a que 44,7% d’entre elles qui sont en libre évolution soit 23 828 ha, les autres font l’objet d’une exploitation. Mais sur ces 23 828 ha, seuls 4 070 ha sont strictement protégés, les 19 758 ha restants sont en libre évolution, mais pourraient très bien faire l’objet d’une exploitation2

107 366 hectares strictement protégés dans les coeurs de Parcs Nationaux

Quant aux zones cœurs des parcs nationaux, elles représentent en métropole 107 366 ha soit 0,16% du territoire métropolitain, et seulement 0,06 % des forêts incluses dans les zones cœurs sont en réserve intégrale, une anomalie pour des cœurs de parcs nationaux qui devraient être dédiés à la nature sauvage.

De plus en plus d’initiatives associatives

Depuis sa création en 2005, Forêts sauvages achète des forêts spontanées. L’ASPAS a créé ses réserves de vie sauvage® (1 200 ha avec 6 sites), dédiées à une libre évolution totale puisque la chasse y est interdite.

Alors que les appels à mobiliser des arbres ou à planter des arbres se multiplient, les associations Canopée-Forêts Vivantes, Fern et les Amis de la Terre France proposent, dans leur stratégie pour atténuer les effets du changement climatique, de laisser au niveau national 25 % de la surface de la forêt française en libre évolution avec une garantie de long terme et un minimum de 10 % dans chaque région.

 

Des avancées en libre évolution végétale (sans suppression de la chasse)

Il y a dix ans, des associations de protection de la nature et des acteurs de la forêt publics et privés ont engagé un partenariat pour atteindre un objectif ambitieux, 10 % des forêts de la Région Rhône-Alpes en libre évolution (mais sans interdire la chasse, ce qui ne correspond pas à notre définition d’un espace en libre évolution puisque les animaux n’y sont pas tous protégés). Ainsi est né le réseau FRENE (FoRêts en Evolution NaturellE). Aujourd’hui la Région s’est étendue à l’Auvergne et le bilan est de 24 968 ha (23 112 ha en forêt publique et 1 856 ha en forêt privée). Le réseau intègre des réserves biologiques intégrales comme celle du Vercors (2 000 ha), mais aussi des îlots de sénescence (2 000 îlots pour 50 propriétaires publics et privés) de quelques hectares. Il faut rappeler que les îlots de sénescence existent en forêt publique et doivent représenter avec les réserves intégrales 1 % des forêts domaniales, ce qui est largement insuffisant. Ces îlots ne dépassent pas 5 ha au maximum et sont intégrés dans les plans d’aménagement forestier, alors que les réserves intégrales ont des superficies de plusieurs centaines d’hectares, voire de quelques milliers et sont créées par arrêté du Ministère de l’agriculture après avis du Ministère de l’écologie. Si l’on rapporte ces 24 968 ha du réseau FRENE aux 2,5 millions d’hectares de forêts présentes dans la nouvelle région Rhône-Alpes-Auvergne, ils ne représentent que 1 %. Même si ce réseau a le mérite d’exister et qu’il fut novateur dès son lancement, on est loin des 10 % fixés initialement.

 

 

Les Conservatoires d’espaces naturels (CEN) ont travaillé prioritairement à la préservation des milieux ouverts,  ils ont communiqué essentiellement sur les actions de restauration et de gestion mises en œuvre. Pour autant, de nombreux sites préservés par les CEN, ou parties de sites, sont laissés en libre évolution : une enquête interne au réseau menée en 2018 a révélé l’existence de 7 500 ha en libre évolution et 46 000 ha sans gestion planifiée : il s’agit d’espaces sans action de gestion de la végétation, mais où les activités extractives (dont la chasse) ne sont pas systématiquement interditesPlus récemment, certains d’entre eux ont lancé des projets spécifiques en faveur de la libre évolution (avec une définition qui ne correspond pas à celle de notre collectif puisque les CEN continuent d’autoriser la chasse). C’est le cas du CEN Normandie Ouest qui a lancé un Programme Régional d’Espaces en Libre Evolution (PRELE), du CEN Auvergne qui a engagé un programme d‘acquisition de vieilles forêts via un financement participatif pour constituer le réseau Sylvae et du CEN Lorraine en train d’acquérir des forêts spontanées dans le Parc naturel régional des Vosges du Nord. A noter également diverses actions en faveur de la libre évolution des cours d’eau mais portant sur la dynamique fluviale latérale au sein de l’espace de bon fonctionnement (Allier, Ain, Moselle…).

Le Parc naturel régional des Vosges du Nord  a incité les communes volontaires à constituer un réseau de sanctuaires de nature (terminologie souhaitée par le conseil scientifique du Parc et plébiscitée par les enfants des communes concernées). Il s’agit de sites appartenant aux communes, en zone N, accessibles, ayant une surface minimale de 50 ares et qui sont en libre évolution. A ce jour, le réseau compte 8 sites pour 18 ha (des friches, des marais, des forêts spontanées) et sert de site de découverte du sauvage pour les scolaires et les habitants ainsi que de lieu de résidence pour des artistes.

Toutes ces initiatives explicitées précédemment sont encourageantes mais elles restent très modestes. 

Parallèlement, la France compte 5,1 millions d’hectares de terres sans usage3, c’est-à-dire sans exploitation agricole ou forestière et sans urbanisation. Il peut s’agir de maquis, de landes, de garrigues, de friches arbustives et surtout de boisements spontanés, voire de forêts à l’abandon, la forêt constituant le stade final de la succession de nombreux espaces ouverts en libre évolution en zone tempérée.
Pour autant, il peut y avoir des usages locaux (cueillette, chasse, pâturage extensif, loisir bruyant et collectif) ce qui fait d’elles des terres qui ne sont pas encore en totale libre évolution. De plus, la plupart de ces espaces sont privés et ne présentent aucune garantie de pérennité quant à la libre évolution.
En fonction de leur localisation, ces terres sont temporairement sans usage, car elles ne sont pas à l’abri d’une valorisation économique, telle que l’exploitation pour la biomasse, le défrichement pour l’agriculture, l’extension urbaine ou encore l’installation de panneaux solaires ou d’éoliennes. La libre évolution n’est donc absolument pas garantie.

L’acquisition foncière est un long processus, coûteux, qui mène parfois à un maigre résultat. Il faut beaucoup de temps pour obtenir des surfaces conséquentes d’un seul tenant, voire des coups de chance pour accéder à des superficies significatives comme les 500 ha acquis par l’ASPAS dans le Vercors.

Il est aujourd’hui indispensable de mener une politique digne de ce nom en faveur de la libre évolution.

Elus, gestionnaires d’espaces naturels, associations, administrations et propriétaires privés soucieux de protéger la nature, faisons confiance à la nature qui, au-delà de ses facultés de résilience incroyables, apporte une solution face aux conséquences des changements climatiques et à certains choix d’aménagement. Osons le vivant sans intervention humaine !

Références

1 Thierry Lefèbvre et Sébastien Moncorps. 2010. Les Espaces protégés français. Une pluralité d’outils au service de la conservation de la biodiversité. Rapport UICN. 100 p.

2 Eugénie Cateau, Loïc Duchamp, Joseph Garrigue, Lucas Gleizes, Hervé Tournier et Nicolas Debaive. 2017. Le patrimoine forestier des réserves naturelles – Focus sur les forêts à caractère naturel. RNF. Cahier n°7 : 104 p.

3 Raja Chakir et Anne-Claire Madignier. 2006. Analyse des changements d’occupation des sols en France entre 1992 et 2003. Economie Rurale n°296 : 59-68.  https://doi.org/10.4000/economierurale.1920

 

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