À l’occasion de la consultation publique « Agir pour restaurer la nature », ouverte du 2 mars au 31 juillet 2026, la Coordination Libre Évolution (CLÉ) a apporté sa contribution sous la forme d’un cahier d’acteurs collectif.

Fruit de la réflexion de ses 18 membres actifs, ce document défend une idée centrale : restaurer la nature suppose d’abord de réduire les pressions humaines qui s’exercent sur elle, et de laisser davantage de place aux dynamiques naturelles.

Restaurer, mais d’abord préserver

Artificialisation, fragmentation des habitats, surexploitation des ressources, pollutions, gestion intensive de certains milieux : les pressions exercées par les activités humaines restent nombreuses.

Pour la CLÉ, la restauration écologique ne peut donc pas être pensée uniquement comme une succession d’interventions techniques destinées à réparer les milieux après leur dégradation.

La priorité doit aussi être donnée à la préservation des écosystèmes encore fonctionnels.

Le cahier d’acteurs rappelle ainsi un principe simple : préserver un milieu en bon état est généralement plus facile et moins coûteux que restaurer un milieu profondément dégradé.

Dans cette perspective, la libre évolution constitue un outil essentiel. Elle peut être mise en place directement lorsque les écosystèmes fonctionnent encore de manière satisfaisante, ou intervenir après une phase de restauration ciblée lorsque les dégradations sont trop importantes.

La libre évolution comme outil de résilience

Laisser un milieu évoluer avec un minimum d’intervention humaine permet aux processus écologiques de retrouver davantage d’autonomie.

Le cahier d’acteurs met notamment en avant plusieurs bénéfices de la libre évolution :

  • une meilleure résilience face aux événements climatiques extrêmes et aux problèmes sanitaires ;
  • la restauration des grands cycles naturels, notamment ceux du carbone, de l’eau ou de l’azote ;
  • une diversification des habitats et des espèces ;
  • le retour de dynamiques naturelles d’adaptation ;
  • une meilleure expression de la diversité génétique.

La CLÉ rappelle également l’importance de créer, à l’échelle nationale, un véritable maillage d’espaces en libre évolution, afin de permettre aux espèces de circuler et aux dynamiques écologiques de s’exprimer sur le long terme.

Préserver les milieux encore fonctionnels doit devenir une priorité : la restauration ne doit pas conduire à intervenir là où les processus naturels peuvent encore fonctionner par eux-mêmes.

Forêts : accepter davantage les dynamiques naturelles

Une partie importante de la contribution est consacrée aux milieux forestiers.

La CLÉ alerte notamment sur les conséquences de certaines pratiques de gestion intensive : enrésinement massif, coupes à blanc, homogénéisation des peuplements ou encore rajeunissement des forêts.

À l’inverse, l’absence d’exploitation dans certains secteurs permet la régénération naturelle, le vieillissement des arbres, le maintien du bois mort et la constitution d’une structure forestière plus diversifiée.

Ces espaces sont également précieux pour la recherche scientifique, car ils constituent des références permettant d’observer l’évolution spontanée des écosystèmes.

La CLÉ appelle par ailleurs à ne pas utiliser systématiquement le risque incendie comme justification à une intervention accrue dans les forêts. Le cahier rappelle notamment le rôle du couvert forestier, des gros arbres et du bois mort dans le maintien d’un microclimat plus humide.

Repenser notre rapport aux animaux sauvages

Le cahier d’acteurs aborde aussi la question de la gestion des populations animales.

Pour la CLÉ, les politiques de régulation doivent être réévaluées au regard de leur efficacité réelle et des processus naturels de régulation.

La restauration de grands espaces fonctionnels doit notamment permettre le retour et le maintien des grands prédateurs, capables de jouer leur rôle dans les équilibres entre populations animales.

Le document invite également à revoir les politiques concernant les espèces dites « susceptibles d’occasionner des dégâts » lorsque les méthodes de destruction ou de chasse ne démontrent pas leur efficacité.

L’objectif est de passer progressivement d’une logique de contrôle permanent de la faune à une meilleure compréhension des mécanismes naturels de régulation.

Zones humides, cours d’eau et agriculture également concernés

La libre évolution ne concerne pas uniquement les forêts.

Le cahier d’acteurs souligne aussi l’intérêt de préserver les tourbières, les cours d’eau peu anthropisés, leurs méandres naturels et leurs ripisylves.

Dans les milieux aquatiques déjà très modifiés, certaines opérations de restauration peuvent être nécessaires. Mais la CLÉ défend ensuite une gestion plus sobre, laissant davantage de place aux embâcles, aux mouvements de sédiments et aux évolutions naturelles des cours d’eau.

La contribution attire enfin l’attention sur les impacts moins visibles de certaines pratiques agricoles, notamment l’usage de traitements antiparasitaires et d’insecticides susceptibles d’affecter largement les populations d’insectes.

Changer de paradigme

À travers ce cahier d’acteurs, la Coordination Libre Évolution défend finalement une évolution profonde de notre rapport à la nature.

Il ne s’agit pas d’opposer systématiquement restauration active et non-intervention. Dans certains milieux très dégradés, une intervention initiale peut être indispensable.

Mais une fois les principales pressions supprimées, la nature doit pouvoir retrouver davantage de liberté dans son évolution.

La restauration écologique ne peut donc pas reposer uniquement sur une logique de maîtrise et de contrôle. Elle doit aussi faire confiance aux capacités de résilience des écosystèmes.

C’est tout le sens de la position portée par la CLÉ : réduire les pressions humaines, protéger les milieux encore fonctionnels et faire de la libre évolution un outil central des politiques de restauration de la nature.

Télécharger le cahier d’acteurs

Retrouvez l’intégralité de la réponse de la Coordination Libre Évolution à la consultation publique « Agir pour restaurer la nature ».

Réponse de la Coordination Libre Évolution à la consultation publique « Agir pour restaurer la nature »

Télécharger le cahier d’acteurs

Ce document est le fruit du travail collectif des 18 membres actifs de la Coordination Libre Évolution.

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